La langue française : langue ou identité pour un congolais ?
La langue est
un élément très important dont les hommes se servent pour se communiquer et pour
véhiculer les informations. Quand bien même beaucoup de pays ou régions parlent
la même langue, cette dernière varie souvent soit d'une région soit d'une culture
à une autre. En RDC, il y a une langue officielle (le français), quatre langues
nationales (swahili, lingala, tshiluba et kikongo) et bien d’autres langues
selon les culturelles. Cependant, le français est pris comme une panacée dans
la société congolaise en vue de s’attirer une attention soutenue. Une tendance
qui malheureusement témoignerait d’une perte d’identité.
La population africaine
est incurablement religieuse[1]. Or, le Congo est en Afrique, donc sa population est
aussi incurablement religieuse voire plus religieuse qu’ailleurs. Elle croit à
la Toute-Puissance de Dieu. Elle reçoit tout, sans contestation, comme un don
divin. Dans cette optique, on croirait que le français, pour un congolais, est
une langue du salut vu la rigueur mise en place pour son articulation. Contrairement
aux peuples d’autres pays qui sont fiers de s’exprimer dans leurs langues, les
congolais en éprouvent la honte et le désintéressement. Cela justifierait le
fait que dans quelques villes du Congo, beaucoup de familles non seulement ne
parlent plus la langue locale, mais interdisent aussi formellement à leurs
enfants de l’apprendre. Pourtant, la langue et la culture sont intrinsèquement
liées. Encore faut-il ajouter que la culture fait partie de l’identité d’une
personne. Il est vrai que l’ipséité de cette dernière la différencie déjà des
autres, mais comme être social, sa culture la singularise par rapport à
d’autres groupes sociaux. Ces enfants dépourvus de leur langue de culture sont
donc autant déracinés qu’exclus de leurs cultures. Ne pas la parler,
semble-t-il, serait une marque de vacuité intellectuelle, relationnelle voire
existentielle. Car, considérant la pensée de Jean-Paul SARTRE sur l’essence et
l’existence, un congolais ne peut donner sens à sa vie qu’en s’exprimant en
français. Partant de cette conception, il serait logique de penser que le
français est l’essence du sujet parlant. D’où, je parle français donc je
suis ; un principe pas si loin de celui de Descartes.
Cette
inclination à la langue française est une tendance naguère. Elle serait, en
quelque sorte, à l’origine de la crise relationnelle vécue dans le monde
d’aujourd’hui. Une barrière s’est érigée entre les générations passées et
actuelles, puisque la langue servant de pont entre elles (les générations)
n’est plus la même. La communication est impossible à cause de manque d’écoute
et de compréhension, car c’est mieux de parler à quelqu’un qui ne veut pas
t’écouter qu’à quelqu’un qui ne peut pas t’écouter. Parler pour ne pas être
compris n’en vaut plus la peine, même Saint Paul l’avait compris et a
recommandé de parler aux hommes et non à soi-même, c’est-à-dire que les hommes
comprennent afin d’être édifiés, réconfortés puisque, pour lui, être compris,
c’est prophétiser (cf. 1Co 14,3-6).
In
fine, l’apprentissage du français comme de toutes autres langues étrangères est
avantageux, car il ouvre d’autres horizons et élargit son monde ou la vision du
monde à en croire Ludwig Wittgenstein. Mais apprendre la langue locale est
aussi important que nécessaire puisqu’elle permet de se connecter à sa culture.
Et le français appris ne doit pas inciter à une tendance méprisante à l’égard de celui
ou celle qui ne le parle pas. Ainsi doit-il se targuer de l’amélioration de la
communication qu’est le but d’une langue.
[1] Cf. J.
KI-ZERBO, Regard sur la société africaine.
Dakar, Panafrika, 2017, p. 32. PDF.
Dei Jakisa
Vu ces arguments poussés ci-haut dans ton texte, vu le Congolais d'aujourd'hui, pourrions-nous dire que un congolais n'est pas fière de son identité jusqu'au point non seulement de refuser l'actualisation de sa langue maternelle mais aussi de ne pas l'apprendre à sa progéniture. Nous assistons alors à un déclin sur le plan de la langue nourricière du congolais.
RépondreSupprimerL'on peut dire ça oui. Nous sommes parti des expériences personnelles vécues et des témoignages des autres aussi pour essayer d'évoquer cette possibilité...
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